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Full text of "office des ténèbres"

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office des ténèbres 
bâti sur les tenebrae du 
rite romain trois jours de trois 
noéturnes et aube par l’auteur de Aujourd’hui 
je dors Aujourd'hui réveil etautres ouvrages omithologiques 


écopoétique décroissante prête à plagier 


Premier jour 


Nocturne I 


Milliers, le désert est proche ! 
Ici-même, 

La vie étouffe dans l’eau glauque 
Amortie. 

Ceux que vous fuyez vous ignorent. 


Vous ignorent milliers, vous méprisent et vous fuient ! 


Milliers, chantez avec moi ! 

Et vous, quelques, 

Courlis, courlieux et barges rousses, 
Causez-le ! 

Causez le chant que je désire office 
Éperonnez ce flanc de jument terrifiée ! 


Je veux bondir hors de moi, 
Dessaisir 

Le monde et le briser, le moudre, 
Le luxer ! 

Noires, ses vases, ses fumées : 


Cravants bornées ! Noyons-les d'encre et de $tupeur ! 


Et toi, Goupil, venu de bon matin ! 
J'étais sous le vent, immobile. 


Dès qu'assuré, d’un bond le bois atteint, 


Après lécart, revenu sur tes pas, 
Toi qui t'assois, que j’intrigue, 
Qui me ravises, que je n'oublie pas ! 


Soutiens mon désordre, soutiens mes cris ! 
Ameute tes pairs, Hermeline, 
Qui mulotent mon pré : j'écris. 


Avertis le sanglier trop nombreux, 
Le rare chevreuil qui n’aboie 
Plus chez moi, trop chassé, trop dénombré. 


Convoque l'étranger, le ragondin, 
Piégé partout, mais fort solide. 
Point de Muse ici, pas un Gourgandin, 


Mais de la bête à voir dire un vrai dit. 
Un parfum qui soit une cause 


À mordre la page les doigts raidis. 


10 


Merle, excuse l’homme refroidi 

qui fume sous un porche à l'aurore. 

S’il ne t’entend sans joie, chante encore, 
secoue-le qu’il se mette au voir dit. 


La chevêche Athéna et le Duc 
rythment le fond de cravants bavardes. 
De ce nocturne, si tu t’attardes, 
l’homme pourra tirer tout le suc. 


Il a bougé. Va-t-il nous quitter ? 
Ce sont, loin, les premières voitures. 
D'une étrophe, ça, tu le ratures. 


Il nous revient. Tu l’auras tenu. 


Il se souviendra, cetimmature, 


et croira qu’il décrit la nature. 


Il 


12 


l’hiver guette l’automne 
le nord pleut du sud 
les oies s’éparpillent sur la Moëze 


13 


14 


Quel est l'office des ténèbres ? À quoi bonnes les ténèbres ? La 
nuit eft-elle si bonne conseillère ? L’utopie n'est-elle que rêve 
soutenant le désir de dormir ? L'office des ténèbres, cette fois 
rituel, fait-il lumière sur notre appétit de vivre ? 


15 


16 


Un tas noir parmi les laisses de mer 
Approché un oiseau peut-être 


Certes laisse le promeneur amer 


Goudronné pétrolé le cou scié 
Pris au piège filet fantôme 


Dérivant qui laura remercié 


Étouffé noyé jeté mort pour rien 
Au col une cravate rose 
Telle fin au canard plongeur convient 


Possible plausible certaine enfin 
Quel est-il ? Le promeneur l’homme 
Rêveur supposé au savoir sans faim 


Nomme Macreuse noire l'allemand 
Dit endeuillé bien plus aimable 


La mélanitte eft noire évidemment 
Melanitta nigra écrit Linné 


Noir-canard noir gréco-latine 


Appellation facile à deviner 


17 


À vrai dire seul le mâle eft en deuil 
La femelle est brune ses joues 
Sont beiges c'est tout rien de tape-à-l’œil 


Tout de même un trait de jaune d'or luit 
Au bec du premier vu de loin 

De près orangé sous la caroncule 

Ce nom Macreuse est un nom de boucher 


Une foulque eft ainsi nommée 
Je choisis celui qui m’aura touché 


Mélanitte qui t'a tuée ? 


18 


Saliô del agua y vio la tersa superficie. Era tal la crueldad y 
tanta la belleza que no pudo pronunciar ni una palabra. Volvid 
al fondo entonces. Abhi articulé su discurso la cabeza sin cuerpo 
del ahogado. 

Miguel Donoso Pareja, “La cabeza del ahogado”, La cabeza del 
naufrago, Quito, Ecuador, Libresa 2009. 


Il sortit de l'eau et vit la surface limpide. Cruauté telle et tant de beauté qu’il 
ne put prononcer même un mot. Il retourna donc au fond. Là, se mit à dis- 


courir la tête sans corps du noyé. 


19 


2O 


Aussi peuvent-ils raconter n’importe quoi, 

Cuirs, manuscrits, rouleaux, tablettes inutiles ; 
Tortues, laisses de mer et brouillons, évangiles, 

Livres saints, rien ne les arrête, ces bourgeois, 

Tout maintient leur élan sans qu’ils n’en sachent rien. 
Ils braient et font brayer leurs valets tant qu’ils peuvent ; 
Tout leur e$t bon, vrai faux dont ils se font peau neuve 
Selon la loi cachée du progrès de leurs biens. 

Héros et Dieux, hier, quelques rêves induits, 

Nature ou naturel : c’e$t tout pour aujourd’hui, 

C’est la vie. Et demain ? La terre se retourne. 

C'est arrivé déjà ; à revoir, Pinout ! 

Reprise du passé, la leçon éblouit, 

Miroir fatal à qui ne s’en détourne. 


21 


xai pJéyua nai oiveudey peiryua ai oTuvuous 
deyais Ldd£aro nai dura cr 

réyoy Vraideun nai düroubBex pelyen BéAy 
ayToméeos: cmropos Êm oÛdêy ÉeXET OU 

TÔ Léo: Aldo udyor pevËn oÛx ÉmdËeT ou: 
van à duyyävar puyos Évurépearrou. 


Sophocle, Antigone, 355-361. 


Voix, pensée vive comme l'air, sens de la vie 

en ville, il s’en e$t inétruit et l’inconfort 

du plein champ gelé, la tempête et ses flèches, il les fuit, 
le très inventif ; sans moyen jamais, il va 

son chemin ; fuir Hadès seulement, il n’y parvient ; 


de maladies incurables il organise sa fuite. 


22 


Que sait la grive musicienne ? 

Quelle sache chanter, ça n'est pas sûr. 
Dira-t-on qu’elle connaît la musique ? 
Non plus. 

Ni savoir ni connaître ne sont de la grive. 
Je lai dit du coucou, je le dis de la grive : 
le chant précède l'oiseau, qui le prend. 


Au pied d’Hiers, peupliers, frênes, 

prairies et buissons, fossés et marais. 

Printemps lumineux dont l’averse eft reine. 
Arrêt. 

Un chant a coupé court. Se peut-il d’une grive ? 
Exotique à ce point, ce flûté, d’une grive ? 


La confusion suit, le mécontentement. 


Faille au savoir, un mot s’échappe. 

De lartiste contentement de soi, 

Un trou de mémoire a percé la chape. 

Tant pis. 

Et tant mieux après tout puisque, signée, la grive 
Désigne la saignée, le savoir d’une grive, 

bec et syrinx, anatomie d’un corps. 


23 


L'autre, ici, chassé s’accumule. 

Un, deux, font trois, grumeaux et tas 

Qui pénètrent, dit-on, têtes de mules 

Ou d’or. 

Celui-ci n’y connaît rien, cet autre a la grive 


Sur le bout de doigts graisseux, qui, faute de merle.. 


Grive sans erreur, diéton inexact. 


24 


Den Menschen Vorstellungen von einer Nichtigkeit und 
hoffnungslosen Sündhaftigkeit des Menschen sowie von dessen 
ewiger Gegensätzlichkeit zu Gott aufzudrängen, if falsch und 
frevelhaft in den Augen Gottes. Ja es wider$pricht sogar dem 
Vorsatz Gottes uns gegentüber und verhindert das Spirituelle 
WachSlum des Menschen. 

Vladimir Antonov, Okopsychologie, 4.15. 


Les idées qui s'imposent à l’homme de sa nullité, de sa nature désespérément 
pécheresse comme de son éternelle opposition à Dieu, sont fausses et sacri- 
lèges aux yeux de Dieu. Oui, cela contredit même le dessin de Dieu à notre 


égard et empêche le développement spirituel de Phomme. 


25 


26 


Nocturne IT 


27 


28 


Moineaux moineaux moineaux qui piaillez et piaillez 
Au milieu de ma cour et muchez sous mes tuiles 
Les fétus et duvets de vos nids empaillés, 


Moinillons, oignez-moi de vos très-saintes huiles. 


Moineaux, moinelles, cessez de vous chamailler. 
Vous ne m'êtes moins chers que la rare linotte. 
Je suis aussi curieux de votre poulailler 

Que du maigre buisson où le pouillot pianote. 


Aussi, baptisez-moi comme d’autres l'ont fait, 
Le loriot de sa flûte, un merle d’une fiente. 


Enfin, remarquez-moi, j'en verrai les effets. 
Imaginerais-je la nature consciente ? 


Soucieuse ? Saisi humain qui la défait 
La verrai-je brusquée terriblement confiante ? 


29 


30 


Martinets, de grâce, revenez 

Versez un printemps de plus au compte 
D'une âme, d’un cœur, à vue de nez 
Limpides. C’en est une qui conte, 

C’en e$t un qui vous a deviné. 


Le chardonneret porte au poitrail 
Taches colorées de part et d'autre 
Du bréchet. Cette cendre au vitrail 
De son plumage le fait apôtre 

Du retour aux sources en fin de bail. 
Confirmé, on ne l'est jamais trop. 


La ténèbre n’est pas ce qu'on croit. 
Elle eét l'ombre qui noircit nos vies. 
Le réel, lumineux, eft adroit. 

Qui prétend se connaître le nie. 


Poussière, tu te reconnafîtras ! 


31 


32 


Gueulez goélands 

La mort eft lente et la vie courte 
à qui le sort pend au nez 
Gueulez sans pourquoi 


Gueulez comme moi 
Gueulez sans nichées 

à protéger ni partenaire 
à saluer ou chasser 


ni part de ciel à tenir 
Gueulez à blanc noir 

sur blanc dégueulez 
dégorgez tout sanglot dehors 


Qu'un cri de colère ou de joie 
pure vibration de Pair 

d’un bec ouvert grand 
jaillisse au gueuloir 


Gueulez dans l'élan 
du vrai du faux De la chanson 
ma leçon ne dira mot 


Gueulez goélands 


33 


34 


grêle subite 
- t'inquiète 
on trouv’ra bien 


un bout d’carton 


35 


36 


La raison s’ensable à mesure que la fatigue mortelle augmente. 
Âge, maladie, épreuves, erreurs sans nombre, péchés. Terrible, 
atterrant — ici point d’homme armé — la marchandise convient 
de sa propre fatigue. 


37 


38 


J'ai tout mon temps pour la noirceur. 
Est-ce la vie qui me harasse ? 
L’âme ennemie est noire et grasse. 


Au gué trouverai-je un passeur ? 


L'ombre du réveil à venir 
Éclaire l’obscur de la nasse 
Qui sangle de bêtise crasse 
Le présent qu’elle doit tenir. 


Douleur à qui ne veut entendre, 
Au sol, la chute douce et tendre, 


La mort eft éclaircissement 
De la vie laissée. Bonne route ! 


La nuit soit, vaine à qui l’écourte, 


Limpide raisonnablement. 


39 


Nitimur in vetitum semper cupimusque negata 


Ovide, Amores, III, 4. 


Arc-boutés sur l’interdit toujours, nous désirons ce qui nous est refusé 


40 


Le choucas des tours tire sa langue aux silos et beffrois. 
J'y tiens, 
Tenu. 


Le choucas des tours voltige sans aucun progrès, jovial. 
Au temps 
Pour nous. 


Le choucas des tours a l’œil de verre bleu voire argenté. 
Noté, 


L'œil tu. 


Le choucas des tours porte robe noire à capuchon gris. 
C'est tout ? 


C'est tout. 


41 


Î bade, because the wick and oil are Sent 

And frozen are the channels of the blood, 

M) discontented heart to draw content 

From beauty that is ca$f out of a mould 

In bronze or that in dazzling marble appears, 
Appears, but when we have gone is gone again, 
Being more indifferent to our solitude 

Than ‘rwere an apparition. O heart, we are old ; 
The living beauty is for younger men : 

We cannot pay its tribute of wild tears.” 


William Butler Yeats, « The Living Beauty », 
The Wild Swans at Coole, 1933. 


Je priai, mèche et huile passées, 

Gelés les canaux du sang, mon cœur 

Mécontent de se trouver content 

De la beauté démoulée d’un bronze, 

D'un marbre éblouissant sortie, 

Sortie mais enfuie dès que nous en allés, 

Bien plus indifférente à notre solitude, 

Serait-elle une apparition. Ô mon cœur, nous sommes 
Vieux, la beauté vivante eft pour de plus jeunes, 


Nous ne pouvons la payer de larmes sauvages. 


42 


Étourneaux sansonnets de novembre 
Font ville en ville soir et matin 
Réjouissances parloirs en chambre 
Détente quand le soleil s’éteint 


Échauffements dès l'aube venue 
Ici-même au centre du bourg 

Au grand dam du passant tête nue 
Les platanes muets au plein jour 


Faux départs tardives arrivées 
Tourbillons vrais crépitements nets 


Brouillons bavards grincent mille becs 
Le faubourg franciscain sur la place 


L'ordre mendiant y va de ses psaumes 
Dessous le parking la rue aphones 


43 


Hortulus ecce animae nouus ifle salubribus herbis 
Horibus atque rosis consitus omnigenis 

Quem tibi jamdudum Wehinger primumque Johañes 
Impensa et curis presserat ipse suis. 

Nunc noua collegit plurima lilia : in hortum 
Addidit ille suum : dulci et odore rosas. 


Hunc tibi babere Stvde : lettor deuote libellum 
Hunc lege continuo : proderit ille. Vale. 


Sebailianus Brant ad leforem, Hortulus animae. 


À toi ce nouveau petit jardin des âmes, herbes salutaires, fleurs et roses en 
tous genres réunies que toi le premier, Johannes Wehinger, il y a longtemps 
de cela, a mis en œuvre et imprimé avec grand soin. Il recueille aujourd’hui 
plusieurs nouveaux lys, qui s'ajoutent au jardin, roses douces et parfumées. 
Ceci tient tout son savoir de toi. Que le lecteur s’y mette avec dévotion. Il lui 


sera profitable. 


44 


Nocturne III 


45 


46 


Corneille, et toi qui ne m'est jamais que gauchère, 
Pourquoi ce cri de gravier noir : « C'est sans espoir ! », 
Chaque matin quand j'apparais sous ton perchoir ? 

Ça n'eft pas gai. Braille autrement. La vie m'est chère. 


Tes ailes secouées font un bruit de soutane. 
Du col et du croupion tu remues l’encensoir 
Et tu brais. Ta noirceur me va mal, à revoir, 


À défaire l'ouvrage ancien, l'hommage insane. 


À Louches, tout gamin, j'étais plus raisonnable. 
Vue la moindre cornette on jetait nos « Croû ! 


Croû ! » Bonne-maman n'aimait pas ça, « Croû ! » 
J'étais plus hi$torien, sûrement philosophe. 


Le deuil est notre lot ? Je vis, pour commencer. 


Pour finir, je verrai. Tais-toi, corneille, assez ! 


47 


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Oies chéries sombres bernaches qui ne craignez 
Les déferlantes qui vous jouez de la houle 
Ajoutez à mon vers un peu d'encre il s’écroule 
Bien trop plat le suivant trop sage trop soigné 


Strophe poème eftran et vous points et virgules 
À part très loin en mer bouchons très agités 
Très amusés glissés dérapés la beauté 

Souvenue dite plus tard où le désir s’englue 


Mélancolie sous la main l’écrit noir sur blanc 
Reprend la vue du jour étreint l'angoisse aimée 
Que l’image suait jouissance blâmée 


L’écume enfin salit le cahier du semblant 


La hâte le bouscule un sang d'encre circule 


Un cent d’oies crève un ciel nocturne ridicule 


49 


SO 


Cygnes qui pendulez sans vergogne 
Culs à lair au loin capuchons blancs 
Bouchons ou bouées très ressemblants 
Culs par-dessus tête à la besogne 


Dites-moi que faites-vous sous l’eau ? 
Bec au fond remuez-vous la vase ? 
Votre salade eft-elle si rase 

Qu'il vous faille vers et bigorneaux ? 


Allons debout redressez-vous cygnes 
L’heure e$t grave et vos croupions moqueurs 
Confirment le silence du chœur 

Muets que vous êtes et indignes 


Pardonnez-moi j'ai si peur du noir 
Qui vient qu’un mal entendu m'offusque 
Et je vais de l'exaét à l’injuste 


Omis vos vols à entendre et voir 


De vos cols oubliée la souplesse 
Tus les berceaux avancés fiers 
Au-devant de visiteurs amers 
Soit insu ce qu’un éclat caresse 


SI 


S2 


Paurore à huit heures 
lune et vénus oui 


le rapace fond sur sa proie 


53 


54 


Les Lumières voulaient guillotiner la nuit ; 
L'office des ténèbres est d’éclaircir le jour. 


5 


s6 


premier jour troisième nocturne 

sixième texte leçon une 

soit un trois six le signifiant 

commande un sujet peu méfiant 
un trois six ? Anthracite ! 


comptine d’une marelle automate 

offerte une mesure s’acclimate 

à cloche-pied d’une $trophe à polka 

où rimerait un obscur Alafka 
finales trente-six chandelles 


coup de grisou quand l'oiseau s’ébouriffe 
cata$trophe marquée d’un coup de griffe 
hélas trois fois hélas aveugle et sourd 

à l’image le sujet mis à jour 


s'est noué à la 6G-4-2 


57 


Die richtige Beurteilung des Rebus ergibt sich offenbar erst 
dann, wenn ich gegen das Ganze und die Einzelheiten desselben 
keine solchen Ein$prüche erhebe, sondern mich bemiühe, jedes 
Bild durch eine Silbe oder ein Wort zu ersetzen, das nach 
irgendwelcher Beziehung durch das Bild darstellbar if. Die 
Worte, die sich so zusammenfinden, sind nicht mebr sinnlos, 
sondern künnen den schün$ten und sinnreich$len Dichter$bruch 
ergeben. Ein solches Bilderrätsel i$f nun der Traum, und unsere 
Vorgänger auf dem Gebiete der Tranmdeutung haben den 
Febler begangen, den Rebus als zeichnerische Komposition zu 
beurteilen. Als solche erschien er ihnen unsinnig und wertlos. 
Freud, Die Traumdeutung, 6,,, Die Traumarbeir‘. 


L'évaluation correcte du rébus ne se fait manifestement qu’à partir du 
moment où sans faire d’objeétions à son ensemble comme à ses détails, je 
m'efforce de remplacer chaque image par une syllabe ou un mot qui, d’une 
manière ou d’une autre, e$t représentable par l’image. Les mots qui s’asso- 
cient de cette manière ne sont plus dénués de sens, mais peuvent donner lieu 
à la plus belle et plus riche expression poétique. Le rêve est une telle énigme 
d’images et nos prédécesseurs dans le domaine de linterprétation des rêves 
ont commis l'erreur de considérer le rébus comme une composition plas- 


tique. En tant que tel, il leur semblait insensé et sans valeur. 


s8 


le corps dérive il s'accroche 

à la voix 

de son maître 

est-ce là la nuit que lui promet 
son déclin 


la défaite 

d’un corps e$t l'arbre effeuillé 
de l'espèce 

quand l'arrêt 

de lun offre le jour au suivant 


qui dira dernière la parole 
du premier 
le corps éteint s’éternise 


le mot dit 


de la fin 


la ténèbre 

croise le tu n’y couperas pas 
de la cendre 

dite où tu retourneras 
confirmée 


59 


elle est dite 

et la mort 

s’écrira où trouvée la dérive 
du seul corps 

qu'elle prétend gouverner 


6o 


Wenn man also die Annabme von Todeffrieben nicht 


fahrenlassen will, muff man ibnen von allem Anfang an 
LebenStriebe zugesellen. 


Freud, Das Unbewuffte, VI. 


Si donc on ne veut pas abandonner l'hypothèse des pulsions de mort, on 


doit d'entrée leur ajouter les pulsions de vie. 


GI 


62 


Le secret s’abolit découvert obligé 
de n'avoir été dit l’un devient quelque chose 


silence d’un rien à cacher 


Passe &tagnante l’épave brume ou brouillard 
nuage au sol troué supposé nuit l’abîme 
au bord de sa chute un bavard 


Masquée la fosse il parle et prétend la combler 
mais ce délire l’a ce n’est rien de le dire 
creusée | ...] 


labor omnia vicit 
improbus, et duris vrgens in rebus ege$tas. 


Virgile, Géorgiques, 1, 145. 


le labeur a tout vaincu, 


impie, et quand les temps sont durs, presse l’habileté. 


IV Aube 


6s 


66 


poème sans clarté dont une effraie s’effare 

l'œil intermittent d’une sentinelle luit 

jeté là dans la nuit tourne le feu d’un phare 

dès l'aube éteint morne planton blanc le jour lui 


soleil masqué ou plein cède au relais attente 

le vers suivant toujours premier vient d’un autre œil 
celui du nerf onzième ou pas brusquée la pente 

ou douce c’est selon avec ou sans l’écueil 


un roc un bris quelque chose ou buter trébucher 
se reprendre changé du pareil au bûcher 
os à ronger coke à brûler sans se déprendre 


oublié le même reviendra chahuter 
retenu l'identique se verra chuter 
reste la ligne œil jour nuit phare écueil à tendre 


68 


au matin de décembre la 
brume marine ramassée 

puis soufflée roule son grabat 
soleil et vent l’auront froissée 


heure bleue et solaire éveil 

bref l'eétran vivant couvert d’oies 
s'éteint sous le brouillard du Vieil 
Océan jeté sur ses voies 


longue nuit à suivre hors du lit 
défait la bête cauchemarde 
un rêve hanté par la Camarde 


le vrai s’illumine trempé 
c'est un nuage à ras de terre 


milliards à courir sur leur erre 


70 


mesure ton pas promeneur agile 

sur la plage en forêt comme au désert 
veille au lent tempo du guet le temps file 
la part de vie qu’épuise ton désir 


sois amer sois sombre ou mélancolique 
toutes voiles dedans beau Wanderer 
arpente ton bien de Tournehem à Licques 
où lire les désastres sans fureur 


l'hiver a le printemps pour faim sais-tu 
si l’autre l'oiseau revenu s’eét tu 


à quoi bon nourrir douleurs et colères 
ainsi débauché de sentiers étroits 


chansons armées du jamais deux sans trois 


l’égaré va valsant de claire en claire 


71 


72 


où j'en suis l’hiver eft long et ne promet rien 
que brouillards fumées d’océan ouates trempées 
d’un bord à l’autre de l’île je vais et viens 

salée l’eau que je me fade à grosses lampées 


l'humeur eft mauvaise l’âme a faim de bonheur 

mais les chemins boueux ne mènent qu'aux impasses 
d’un marais noir et froid the angét flooding over 

où en suis-je ? pas un pas qui me satisfasse 


voyez cela je vais brûler pour m'en sortir 
feu follet flamme sous le grésil et la pluie 
le poète diétrait la lettre qui s'ennuie 


la mort inexpliquée bientôt lemportera 


une fois répandu son barda lettre et vie 


la terre épuisera tout ce fumier ravie 


73 


74 


Remparts. Il y va, Phomme vieillissant. 
Ressac de pleine eau : il y voit son âme. 
L’estran nu : toujours lui, adolescent 
Vaseux. Il fuit, car ce passé l’entame. 


Il y reviendra. Mauvais rêve ou tri, 

Non loin, des déchets qu’il fait de sa vie, 
Verre, à recycler, tout un tas de gris 
Qu'il laissera pour l’eau qui le convie. 


Au rempart, donc, croisé l’oiseau du jour, 
La éterne de retour, casque noir, page 
Étincelante, pile ! Mise à jour 


L'autre vie, la vie rêvée. « Bon voyage, 


Pierregarin ! Les vents te soient précieux ! » 
Était-ce une arctique ? Le vieux soupire, 
Le vieux s'en va, l'œil tourné vers les cieux, 


Guettant l'enfance, l’hirondelle.. ou pire. 


Remparts, pour finir et recommencer, 
Que ces vers où la tête n’est point folle. 
Allers-retours si bien récompensés 
Qu'il persévère et que la mer s’affole ! 


75 


76 


mer pleine et plate 
et soleil pâle 
péniblement se lèvent 


les oies dorment bouchons 


77 


78 


Les cravants sont parties vers d’autres cieux, ou mieux, 
Mêmes. Mêmes blancs, bleus ou gris, mêmes nuages. 
Plus de fraîcheur pourtant. Du soleil plein les yeux 
La nuit durant, dit-on. Et la mer et la plage. 


Le cygne arpente son miroir. L’immaculé 

Vient d'ouvrir son berceau. La claire e$t son royaume, 
Son fief, sa demeure. Qui l'a vu reculer ? 

Ni le renard, ni l'aigle. Au soir, quelque fantôme ? 


Des oiseaux se font rares, d'autres, de retour, 
Nocturnes, hantent un ciel de lune et d’étoiles. 
Averses drues ou grand soleil, aux alentours, 


Marais, forêts et vignes, rien ne se dévoile. 


Reste, dans l'attente du grand jour, Pétourneau 
Qui gargouille ses gargouillis sur la gouttière 

Où jargonnent des pluies qui me laissent quinaud. 
Ô Flore ! Quelle entrée ratée, ma printanière ! 


Ce printemps n'aura eu pour martyr qu’un pinson 
Qui claironnait, brouillon, son appel militaire ! 
Les verdiers ? Parlons-en, pas un chant, pas un son ! 


J'attendais mieux, je suis déçu, mieux vaut me taire. 


79 


80 


Un répons graduel, mais qui saura répondre ? 
Le premier vu venu des serins annuels ? 

Et de quelle leéture aurait-il à répondre ? 

Ou qu'aurait-il lu qu’il y faille un duel ? 


81 


82 


Ainsi s'en fut ma première nuit, et du même pas inquiet son 
office rassuré. Le jour pointait son nez. Neuf ? L'ornière l’atten- 
dait au tournant. Six mois plus tard, son midi démontrait 
qu'un nocturne, aussi implorant fûüt-il, n’engageait en rien la 
perspective solaire, inchangée. 


83 


84 


En ai-je médité des mauvais coups, du sort, 
Tordus, de la fortune, au hasard de ma vie. 
Éventés, exceptés, l’un après l’autre obvies, 
J'ai erré tant et plus, comme l'as, d’un tas, sort. 


C'est le vers qui le dit, dont je suis le valet. 

La colère en mon palais, reine, soit maudite ! 
Peste, grippe ou typhus, oreillons et otite ! 
Quant au roi, petit moi très éteint et très laid, 


Qu'il se mire, un pitre l’amusera. Son fou, 
Qui parle ici, pourra gaîment causer sans honte 


Du pic et de la pie comme du dodo dronte, 
— Ornithologue - du héron comme du fou. 


Ainsi s'en fut ma première nuit... 


85 


86 


Deuxième jour 


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88 


Nocturne I 


89 


90 


— Marée, mon ciel est muet ! 

— Tais-toi, bavard qui me parles. 
Sourd, tu l'es, cible d'Hermès. 
L'oiseau et la pipistrelle, 

Tu ne les entendras plus. 


— Platée, vous limez mon ciel ! 
— Nous chantons, ne vous déplaise. 
— Vous réclamez un roi, Zeus, 

Et sa foudre, et son tonnerre ! 
— Mais c’est toi qu’il peut atteindre. 


— Nuées, vous noyez mon ciel ! 

— Pardon, ce sont tes fumées. 

— Reprends ton feu, Prométhée, 
‘Ta torche sue le goudron ! 

— Je vais t’y coller des plumes. 


— Lune, tu manges mon ciel ! 
— Tais-toi, qui manges la terre. 
— Hécate, chasse Artémis, 
Ses éclats laiteux m'aveuglent ! 


— Tu n’en dormiras que mieux. 


9I 


92 


Deux coups de boutoirs auront suffi. 
La digue s'est effondrée, rompue. 
Boues et vases toxiques, ça pue ! 
Disparu, le polder, ce défi ; 


Noyés d’amère intranquillité, 

Les prés salés de bonnes travées, 
Nos parcours sur de hautes levées, 
Ce pourquoi nous avons tant lutté. 


Gloire au vaincu ! Le pire est à venir, 
Mais n'est pas certain. Que l’on n'oublie 


Ce martyr, impuissance anoblie, 
Les marais à sec pour souvenir, 


Angoisse et douleur évaporées 


Se tairont, contre vents et marées. 


93 


94 


Chat-huant, sois mon cor au soir de ton retour. 
Je t'attends. Te voilà qui sonnes l’heure grave. 
Une par une, cahiers ouverts tour à tour, 

Tes huées insensées sont lettres que je grave. 


J'attends l’autre qui t’entendrait, me sauverait. 

Ton souffle est trop timide ou c’est la sourde oreille. 
Tes appels, eau versée goutte à goutte au marais, 
L'autre loin ne les écoute pas. Il sommeille. 


Charles, Roland, connus, sont noms bien partagés. 
Des vers les diétribuent, silencieux mais aimables. 
En mon logis suis seul, barbares à ma table. 


Ni vu ni connu, mon double, mon passager, 


Mon fou respire la santé : à la bonne heure ! 
Va, hibou, ce traître me suffit, qui me pleure. 


95 


96 


un nuage 
R-haut 
seul 


97 


98 


Hésiter e$t opportun. Le sujet change, mais n’en sait rien. S’il 
croit savoir un tas de choses, ce tas l’a tassé et le tasse. 


99 


100 


Gorge-bleue, viens à moi, ton miroir m'a manqué. 
Je n’y verrais mes traits, mais un éclair de joie. 
Sors de la roselière où tu vas te planquer 

Quand l’épervier, le chien, se mettent sur ta voie. 


J'entends ta partenaire. Elle chante avec toi ? 
Futur de l’oiseau, l’'oiselle serait présente ! 

Vous voici, à mon tour de ruser, fin matois ; 
D'un trait, je m'efface, absence retentissante. 


Tut tit pri tittsukri psurrr tri psirrr pri kupsiirr 
Tut tut cut tsi truilluï eruillf krrrrrrrrrrrrrr queli 
Tic tit cit tit priti pri ki pri qui ku quili 


Pri cueilli psilitsulut tsouï coin pukpuk 


Pi pi pi pi pi pi pi sruiki tsukulu 
Pillé pillé pillé srrukikklu krrrrr skiklu 


IOI 


Le jeune Buffon me donna là main, et me conduisit chez son 
père, qui me reçut avec une cordialité et une grâce de bonhomie 
qui achevèrent de me gagner tout à fait le cœur. Depuis ce jour 
il vint me voir au Palais Royal au moins une fois par mois ; j'al- 
lais dîner chez lui ; tous les dix ou douze jours ; jy arrivais d’as- 
sez bonne heure pour le trouver seul : nous ne parlions jamais 
que de littérature, et je le queftionnais sans relâche sur la 
manière d'écrire et sur le étyle. Une chose très-extraordinaire -, 
c'est que M. de Buffon, dont le étyle est si harmonieux, n’aimait 
pas la poésie et n’était pas, sur ce point un vrai connaisseur. 
Fénelon, écrivain moins parfait, mais dont le Style a tant d’har- 
monie, offrait là même singularité. M. de Buffon m'a dit qu’il 
n'a commencé à écrire comme auteur et à être remarqué qu'à 
l'âge de quarante-quatre ou quarante-cinq ans ; son admirable 
talent s’est soutenu dans toute sa force jusqu’à la fin de sa 
longue carrière. 


Mémoires de Madame de Genlis 1746-1830. 


102 


Séléné, mon amie, blanchie sous le harnais 
d’Apollon coureur de l’orbe en feu, tu éclaires 
sur ma coursive un vieillard, au vrai, très hargneux, 


très capricieux, la tête pleine de colères. 


Aussi me ferai-je galet déposé haut 
sur la plage. Dessous, une algue s'eft olissée, 
adroitement placée, comme écrite par l'eau. 


Borne sage, lettre morte, lettre laissée. 


La sagesse, dis-moi, Séléné, mon amie, 
me sera-t-elle bonne épouse et l'Océan 
gai beau-père, écartée la détresse ennemie, 


me laissera-t-il vivre enfin maître céans ? 


Quoi d'autre ? Quoi, encore ? Accepté, honte bue, 
le semblant, le singer comme je fais ici ? 
Repris ou poursuivi ce qui me distribue, 


tout illusionné, « veni, vidi, voici » ! 


Et toi, Séléné, mon amie, qui te gouverne, 
sinon la gravité ? Revenue Artémis, 
Hécate reviendra, toute lumière en berne, 


ôtera ce vieillard, et mon père et mon fils. 


103 


Filet de couleuvre de marais, 

Dans le chaudron bous et cuis. 

Œil de salamandre, orteil de grenouille, 

Poil de chauve-souris et langue de chien, 

Langue fourchue de vipère, dard de reptile aveugle, 
Patte de lézard, aile de hibou, 

Pour faire un charme puissant en trouble, 

Bouillez et écumez comme une soupe d'enfer. 


Shakespeare, Macbeth, traduétion François-Victor Hugo. 


104 


Un sourire à l'horizon 
Fait Alice émerveillée 
De qui le voit. À raison. 
Métaphore à la veillée, 


Métonymie de la nuit, 
Ce premier croissant balance, 
Comme s’il virait, et fuit 


Quelque menace, une lance ? 


Autre conte que ce dard. 

Qui l'a vu tient le sourire 
Pour vrai. Ailleurs sans retard, 
Tout à ce chat que j’admire, 


Me voilà tout préparé. 
Couché, le sommeil m'emporte. 
Pas un rêve où s’égarer 


Quand la fiction est si forte. 


10$ 


L’obscurité ne tient pas ici au raffinement de l'expression, mais à 
son ambiguïté, ainsi qu’à certains détails qui paraissent nous 
plonger dans la réalité, et que rien n’explique. 


Alfred Jeanroy, 1859-1953, professeur,« La première génération 
des troubadours. Conflits de pensée et recherche de formes. », 
Romania, tome $6, n°224, 1930. pp. 481-525. 


But I don't want to go among mad people,” Alice remarked. 
Oh, you can't help that,’ said the Cat: ‘were all mad here. Tm 
mad. You're mad.” 

‘How do you know l'm mad?” said Alice. 

You must be,” said the Cat, ‘or you wouldn't have come here.” 


Lewis Carroll, Alices Adventures in Wonderland. 


Adparet liquido sublimis in aëre Nisus 

et pro purpureo poenas dat Scylla capillo: 
quacumque illa leuem fugiens secat aethera pinnis, 
ecce inimicus, atrox, magno $fridore per auras 


106 


insequitur Nisus; qua se fert Nisus ad auras, 
illa leuem fugiens raptim secat aethera pinnis. 


Virgile, interpolation du Ciris dans les Géorgiques, 1, 404-409 


Apparaissent dans l'air limpide Nisus exalté 

et Scylla qui, pour le cheveu pourpre, expie : 

où qu'elle aille, légère, fuyant à tire-d’aile, 

là, l'ennemi, le féroce, hurlant avec les vents, 

Nisus, la poursuit ; où que Nisus se porte sur les vents, 


là, légère, fuyante, elle se hâte à tire-d’aile. 


107 


108 


Nocturne IT 


109 


110 


Arès, le dieu ni dieu, les envoie ad patres, 

Chez Hadès, où le seuil des enfers les accueille. 
Cueillette jamais épuisée feuille après feuille ! 
Arès eft le brutal ; hôte bras ouverts, Hadès. 


Nous aidons le premier ; nous craignons le second. 
L’héroïne cambrée veut que l’on assassine ; 

Le vieillard édenté dit que sa vie lambine, 

La colère le prend et le sort de ses gonds. 


S’il râle, il n'en meurt pas : Arès tue froidement, 
Génocides, meurtres de masse, pestes noires. 


Ce seul dieu criminel demeure en nos mémoires. 
« La mort n’est pas un crime », osait Hadès, l'amant 


Cloîtré de Perséphone, « elle est une victoire. 
Questionnez-la, elle se tait, voilà ’hitoire. » 


III 


IIZ 


La fille de Minos et de Pasiphaé 

E$t le vers que je trouve, illuminé Racine, 
Aussitôt désirée d’un discours la ravine, 

Le penchant traumatique à l'exploit renvoyé. 


Allons, expliquons-nous. L'art ne nous est un don. 
Ce qui nous fut offert, né d’une déchirure, 
S’expose sans ruse et refuse ou défigure 

Le sujet d’Athéna et de Poséidon. 


Charpentes ajointées, murs à secs, toits, plafonds 
Peints, con$truétions alambiquées, tours et tourelles, 
Décors patients de paons, de geais et rourterelles, 


L’attirail est patent. J’imite des modèles, 


M'invente sans les connaître. La cire fond. 


Qu'un Ulysse entende notre ouvrage bouffon ! 


113 


I14 


Oiseaux, je vous appartiens. 
Pinson, huppe ou gypaète, 
Quelconque, chacun m'arrête. 


Le monde ne serait rien 


Sans vous, pour moi, devenu 
Ce que je suis : un poète, 

Un misérable poète ! 

— Le pain de votre menu, 


Comment vous y prenez-vous ? 
Voici la ronce ; et l’ortie : 
Citée ma phrase ? Amortie ! 
Corrigée ! — Corrigez-vous ! 


C’est invendable ! Zéro ! 
On dira que je m'emporte, 
Mais ceci, que je m'en sorte : 
Les marchands ne sont oiseaux. 


IIS 


116 


un crabe 
sur la plage 


retourné 


117 


II8 


Le poème est un procédé, 


En écrire un, une méthode. 


119 


120 


Aphrodite née de l’écume pour l’écume 
Réserve son secret. Qui pourrait le percer ? 
Je l'ai souvent croisée, brisé, à la merci 


Des flèches de son fils. Qui ne s’y accoutume ? 


Déesse redoutable, obscure et lumineuse, 

De midi à minuit, désert, prairie, forêt, 

Elle imprègne, elle emplit. Qui ne l’adorerait ? 
Et comme elle envahit toute faim quelle creuse ! 


Au vrai, je lui dois mes heures, toutes, heureuses. 
Les plus masquées. Aussi, quand je m’égosillais, 
Rossignol ou pinson, braïz é cris gentillets, 


Je n’étais que sa proie. Adonis ou laitue ? 


L'avenir le dira, lu ce que je laissais, 
Dérivant, pantelant, quand elle m'enlaçait. 


I21 


xai Tlapiy d'nevce novouérys civeuaivys, 

ruxvo dé pupouéyy xaAVHGO evad en LOT pv 
/ € 1 4 ? € 2 

Béorevxor Bed éTIA AE nonouéyou éodecivos 


Nonnos, Dionysiaques, I, 88-90. 


La Paphienne pleurait de voir l’anémone dans la poussière 
Épais, ruisselants, parfumés, gracieusement bouclés, ses cheveux, 


Elle se les arrachait de voir la rose dans la poussière. 


122 


Les goélands de mon voisinage 

Sont en l'air comme poissons : ils nagent. 
S’ils trouvent du repos, fatigués, 

En mer — mais, au risque d’intriguer, 
Plus souvent sur nos toits ou les dunes — 
Ils ne sont point marins, sans aucune 
Indclination pour le vieil océan 


Qu'ils fréquentent, littoralement. 


Mes vers, lignes à haute tension, 

Sont disposés à votre intention, 

Grands cormorans. Un vent de tempête 

Ne vous en décroche et rien n’inquiète, 

Là, vos séchages à trop long cours. 

Vos nuits sont longues, vos sommes courts. 
Vos pêches s’éternisent, suffoque 
L’observateur, sous l’eau, mais point phoque. 


Gravelots, observés, ça, vous l’êtes ! 

Le regard ne glisse, savonnette, 

Sur votre collier interrompu, 

Ni sur, comptés, vos coïts, non plus. 
Vos nids, vos œufs, recomptés de même, 
Situent parfaitement le problème : 


123 


Quelle place vous laisserions-nous 
Dès lors que notre espèce est partout ? 


— Tête écarlate, cape dorée, 
Qu'attend-il ? Une poule adorée 
Qui le rejoigne ici, au beau mi- 
Lieu de la route ? Hé ! L’ami ! 
Veux-tu qu'on t’écrase sous la roue 
Plutôt que de finir mis en joue ? 

— Faisan d'élevage il n’en peut mais. 

— Nigaud, le chasseur sait qu’il t'a fait. 


Hermès, tu transmettras ces nouvelles 

À qui de droit, qu'aux dieux se révèle 

Ce qu’ils savaient avant qu’ils n'aient fui. 
Des dieux automates auront recuit 
L'univers d’où Zeus tenait son règne. 

Je tiens de Benjamin qui l'enseigne : 
Vous êtes désormais des vaincus, 

Je suis sujet, soyez attributs. 


124 


Wie Blumen ibr Haupt nach der Sonne wenden, so Srebt krafi 
eines Heliotropismus geheimer Art, das Gewesene der Sonne 
sich zuzuwenden, die am Himmel der Geschichte im Aufgehen 


is. Auf diese unscheinbarste von allen Veränderungen muff sich 
der bistorische Materialisf verstehen. 


Benjamin, Thèses sur l'hisfoire, Thèse IV. 
Comme les fleurs se tournent vers le soleil, ainsi s'efforce, sous l'effet d’un 
héliotropisme secret, ce qui a été à se tourner vers le soleil qui se lève au ciel 


de l’hi$toire. À ces changements des plus discrets doit s'entendre le matéria- 


liste historique. 


125 


126 


Hécate 
Séléné ? Es-tu là ? 


Séléné 
Je suis là, dans ton ombre. 
Hécate 
Artémis ? 
Artémis 
Je viens. Parle. Je suis à deux pas. 
Hécate 


Mes Sœurs, qu’en pensez-vous ? Serait-ce leur grand nombre ? 
Terre en ébullition, ma nuit ne parvient pas 


À la rafraîchir. Voyez-vous comme elle sue ? 


Artémis 
Penser ? Quand voilà bien la source de tes pleurs ? 
Saisis la lyre ou l'arc, crotales ou massue, 
Et laisse la pensée à tous ces beaux-parleurs 
Qui ne songent, ne le sais-tu qui fais leurs rêves, 
Qu'à violer, piller, ou se vautrer goinfrés. 
Leurs pensées nous fatiguaient ; toi, tu nous achèves. 


127 


Tues trop douce avec ces hommes affairés. 


Artémis 


Pire encore !.. avec eux... qui fornique ! 


Séléné 
Ne dis rien de ce que tu méconnais, ma sœur. 
Chasse et jouis de tes flèches, ne juge inique 
Le plaisir d’une biche, si l'œil d’un agresseur. 
À refuser cette joie, tu ne vois ce qui manque 
Aux hommes comme à nous-autres évanouis 
Dans l'oubli. Cette part saltimbanque, 


Furieuse, délirante, insensée, folle, oui ! 


Hécate 
Je suis loin d’être folle et s’ils m'ont oubliée 
Mon crépuscule est d'encre et tes nuits sont de lait. 


Artémis. 


Mes pointes acérées, je reste votre alliée. 


128 


Séléné 
Ce ne sont que des faits dont nous sommes valets. 
Cette part que je dis, leur pensée l’a défaite. 
Nous les avons laissés, seuls avec leur folie, 
Qui s'éteint, bois brûlé, cendre et fumée, leur fête 
Finie. C’était la nôtre, aujourd’hui abolie. 


Hécate 
Eh bien pensons ! 


Artémis 


Je veux bien m’y risquer. 


Séléné 


Peut-être. 


129 


Ermete. - E adesso ascolta, Meleagro. Tu sei morto. La fiamma, 
larsione sono cose passate. Tu sei meno del fumo che si è Sfaccato 
da quel fuoco. Sei quasi il nulla. Rassegnati. E per te sono un 
nulla le cose del mondo, il mattino, la sera, à paesi. Guardati 
intorno adesso. 


Cesare Pavese, Dialoghi con Leuco, Einaudi 1960. 
Hermès. — Écoute, Méléagre. Tu es mort. La flamme, la brûlure sont choses 
du passé. Tu es moins que la fumée sortie de ce feu. Tu n'es presque rien. 


Résigne-toi. Pour toi, sont rayées nulles, les choses du monde, le matin, le 


soir, le pays. Regarde autour de toi. 


130 


Nocturne III 


131 


132 


Les milliers que j'ai dit se taisent en juillet. 
Bousculés par la faim, leurs petits les houspillent. 
Reviendra la chanson avec l’air de famille 

Plus tard. Éteint, le chant sur quoi je m'appuyais. 


Quatre vers, déposée la $trophe au pied du mur. 
Bagarre au sol de goélands, ce dialogue 
Ahurissant n’y fera rien. L’ornithologue 

En sera pour ses frais, quoique affecté, bien sûr. 


Sans caractère, notre muraille n’est point 

De Chine. Le lettré ne le gratte de ses ongles. 
Obscur ou clair, que fait le promeneur ? Il jongle. 
Le temps, qui passera, le menace du poing. 


Si le temps fait le mur, ce mur nous fait suer 
D'une lettre où l’on voit le sujet, son éclipse. 
Une pierre manquante et c'eét l'apocalypse ! 
— Autres ténèbres qui figent le sexué. 


133 


134 


Les feux d’une colère éclairent terre et ciel, 
Traduisent sang et eau. Noir ou suie, l'encre sèche. 
L’oubli défait le point de vapeur, mais la flèche 
Est tirée. Le clébard jouit, crachant son fiel. 


Canaïlle, qui s’étonne et réserve plaisirs 
À son rang domestique, esclave ou concubine, 
Limé le croc de l’autre aux champs comme à l'usine. 


Vérifié quand l'exclu vient à se ressaisir. 


Rien de neuf, dira-t-on, mais c’est qu’il n’en veut pas, 
Dragon fumeux veillant sur son tas d'or, comptable. 
L'enragé se relève et renverse la table ; 

Sait enfin, dans sa nuit, qu’il avance d’un pas. 


Mémoire, tiens-toi bien, nulle louange ici, 
Pas une gloire à soutenir. Près de s’éteindre, 
Une flamme étourdie d’importance bien moindre, 


Nulle au regard de ceux, errants, qu’elle obscurcit. 


135 


6 
13 


Muses, entendons-nous : cigale à Saint-Trojan 
Je grincerais des dents ; à La Brée, cisticole, 
Je joue de son triangle et chez moi, je bricole. 


Enfin vous vous trouvez comme devant gros-Jean. 


Pardonnez ce poète au refus conséquent. 

Son « Ni! » vigoureux nie s’il cause en conséquence. 
Cédez à ce désir qu’en tout sens il relance. 
Offrez-vous, soyez la sphère du plan sécant. 


La phrase pensée au rasoir ? Ça va saigner ! 
Effrayées ? Allons bon ! Le bonhomme sait coudre. 
Ne le saurait-il pas que les mots, mis en poudre, 


S’ameutent d'eux-mêmes dessous leur signifié. 


S’ils ne le font de soi, le leéteur inconscient 
Raboute la cohue, qui signe et signifie. 
Souvent phrase varie, bien fol est qui s’y fie. 
Ce qu'elle a dit a tu son dire, signifiant. 


137 


8 
Le) 


un papillon 
coincé 


sous l’essuie-glace 


139 


140 


Les ténèbres du corps conduisent au étoïcisme, l’obscuration du 
discours à la révolte. 


141 


142. 


Muses, revenez-moi, je me suis égaré. 

Les ténèbres du jour, si claires et lisibles, 
Mont conduit sans détour où devenir la cible 
D'une rapace là toute à son pré-carré. 


Af$tres, Cosmos et Terre engloutis, résumés, 
Des dieux étroits font l’anxieuse rapace humaine. 
Chaque jour elle étend droit devant son domaine. 


Les semblants, un par un, s’y seront inhumés. 


Mémoire défendue, interdit le passé, 
Éteint le souvenir, l'ignorance rancie 
À conquis l'esprit fort comme l’âme affranchie. 
Le corps suit, a suivi et suivra, effacé. 


Ô Muses, Mnémosyne est au cœur du refus. 

C’est là qu'elle vous cache ; où je vous trouve, Muses ; 
Où la langue s’émeut — bien entendue, s'amuse -, 
S’il en est temps encore, ainsi que cela fut. 


143 


eveyooeis d’ Aidao déuar mr’ odeiTeeoi ner, 

mag’ d’'aûrÿi Aevxyÿr ÉOTAVIQAY HU TOEIT TOY - 

Aa xaTeexuevou ox vexvar V2%07T ou. 
TaUTys Ts neÿvns Ye oxEdoy UE ATX. 
eveyoes d’éréear, Ts Mymuoovvyps mo Muvys 

L.] | 
dm d°elul aûy nai ré vue : Ad dr” aa 
\Luxedr Üduwe reirseoy rs Mypuoovvys ro Muvnc. 


Lamelle d'or d'Hipponion, prière orphique. 


Tu trouveras chez Hadès en sa demeure sur la gauche une source, 
auprès de laquelle blanc se tient un cyprès ; 

R s’approchent les âmes des morts et se rafraîchissent. 

Cette source vraiment non, n’aille approcher. 

Tu trouveras l’autre, la Mnémosyne du marais 

[141] 

De soif je suis sec à mourir ; mais donnez vite 


la fraîche eau d’abord de la Mnémosyne du marais 


144 


Tes filles, Mnémosyne, effaçaient la douleur, 
La tristesse et le deuil ; tu reétais silencieuse, 
En retrait, braise plus ténue qu’une veilleuse, 
D'une mémoire plus profonde que la leur. 


L’une chantait, l’autre dansait. Qui retenait 
Le rossignol de l’une et qui la grue de l’autre, 
Renommée vérifiée dont qui se fait l’apôtre, 
Poëte ou musicien sous leurs ordres, benêt. 


Le pire et le meilleur, la violence et la joie, 
Sans désir de gloire, toi, tu les retenais, 
Quand tes filles, elles, refusaient le harnais 
Du crime et du regret où le malheur se noie. 


Inflexible, toujours présente, quand les dieux, 
Les uns puis l'autre, fuient de prétendues lumières, 
Je te devine à la source de mes premières 


Phrases, saluts premiers comme premiers adieux. 


145 


Always in terror of Olympic doom, 

He climbed, despite his will, the Sbiral Seps 
Outside a building to a cobwebbed top-room. 
There bric-a-brac was in a jumble, 

His forehead was dislending, ears were drumming 
A5 in the gaStric fever of his childhood. 

Despite his will, be climbed the Seps, Sumbling 
Where Mnemosyne lay in dust. 


Auétin Clarke, Mnemosyne lay in dust, Dolmen 1966, p.20. 


Toujours dans la terreur d'une ruine olympique, 

Il gravit, malgré lui, l'escalier en spirale 

À l'extérieur d'un immeuble. Au dernier étage, 

Là, toiles d'araignées, bric-à-brac et désordre. 

Son front gonflait, ses tympans battaient du tambour 
Comme au temps des fortes fièvres de son enfance. 

Il gravit, malgré lui, les marches, trébuchant 


Là où Mnémosyne gisait dans la poussière. 


Beati pauperes Sbiritu 
Matthieu, V, 3 


Bienheureux les pauvres d'esprit 


146 


Surgie froide et rugueuse au détour de mes vers 
— Enjoué le poète, amer le philosophe -, 

Tu disparais soudain au retour de la étrophe 

— Hilarité du sage, et moi, tête à l'envers —. 


Voilée sous Le semblant, te voilà au secret. 
Et quelle sûreté : tu ne te sais cachée ! 

La fable du départ des dieux si rabâchée, 
Tu Pignores. mais ici guette l’indiscret. 


Maintes fois, je t'ai surprise dans l'en deçà. 
Qui passe un gué saute de pierre en pierre. 
Le rocher brisé, l’eau ruisselle sur ton erre. 
Je t’écoute, un passant me demande à quoi ça 


Rime. À toi, vrai, mais faux ce qu’un passant prétend, 
Qu'ainsi tu soutiendrais l'engeance qui répète. 

Alors Euterpe accourt et l'orchestre tempête. 

La beauté ruine tout, qui va se répétant. 


147 


[.] Die Beute wird wie das immer so üblich war, im 
Triumphzug  mitgefürht. Man bexeichnet sie als die 
Kulturgäüter. Sie werden im bistorischen Materialisten mit einel 
dislanzierten Betrachter zu rechnen haben. Denn was er an 
Kulturgütern überblickt, das if ihm samt und sonders von einer 
Abkunfi, die er nicht ohne Grauen bedenken kann. Es dankt 
sein Dasein nicht nur der Mühe der grossen Genien, die es 
geschaffen haben, sondern auch der namelosen Fron ibrer 
Zeitgenossen. Es if niemals ein Dokument der Kultur, obne 
zugleich ein solches der Barbarei zu sein. Und wie es selbSf nicht 
frei ist von Barbarei, so ift es auch der Prozess der Uberliefering 
nicht, in der es von dem einen an den andern gefallen if. Der 
hbislorische Materialisf rückt daher nach Massgrabe des 
Môglichen von ibr hab. Er betrachtet es als seine Aufgrabe, die 
Geschichte gegen den Strich zu bürsten. 


Walter Benjamin, Über den Begriff des Geschichte, Thèse VII. 


[...] Le butin, il en a toujours été ainsi, e$t transporté dans le cortège. On le 
dit « biens culturels ». Ceux-ci devront compter avec l'observateur di$tancié 
qu'est le matérialiéte historique. En effet, sa vue d'ensemble sur les « biens 
culturels » les situe pour tous sans exception d’une origine telle qu’il ne peut 


les considérer sans horreur. C’est que leur existence est due non seulement 


148 


aux efforts des génies qui les ont créés, mais aux corvées anonymes de leurs 
contemporains. Il n'est pas un document de la culture qui ne soit du même 
coup document de barbarie. S’il n’est pas sans lien avec la barbarie, de même 
ce qui le fait tradition non plus, qui le fait passer de l’un à l’autre. Le matéria- 
liste historique lui tourne donc le dos du mieux qu’il peut. Il estime que sa 


tâche eét de brosser l’hi$toire à rebrousse-poil. 


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ISO 


IV Aube 


ISI 


IS2 


Queues de chandelles nues, l’eau tressée de soleil, 
Apollon s'eét levé ce matin sur la Moëze, 
Enthousiaste et féroce art satyre et poèse. 


Irrité de me voir il m’aura crevé l'œil. 


Malicieux, l’immortel m'a décoché un trait 
Musical, une croche, un point d'orgue, une noire. 
Aveuglé, mais soumis au motif péremptoire, 


J'entends la phrase qui, de cet appui, s'extrait. 


Ce n’eft pas une épreuve, un hasard tout au plus, 
Un faux bruit de réel, que je suis. L’épouvante, 
Tôt venue, reviendra. Entre-temps je m’invente. 


Peu me chaut de savoir si mes vers lui ont plu. 


Ou le Vieux de la mer qui sans cesse revient ? 
Non plus l'affrontement du bélier, bête à cornes, 
Mais le recouvrement, par vagues comme mornes, 


Rongeuses, patientes, vives, lentes, — pour rien. 


: l'impossible nul n’est tenu, tous conduits. 

Tel il est, le réel : à couvert, il fulgure. 

Discours que son envers, de l'oignon la pelure. 
C’est à pleurer hier qu’il nous mord aujourd’hui. 


153 


1$4 


Mouettes de l’autre, merles de ce côté. 
Verdure, ocres et chaux ici et, là, vasières. 
Départ d’estran, le rempart se fait ligne d’erre 
Que survolent goélands en leur principauté. 


C’est un lieu. Autrefois propriété d’un dieu. 
Poséidon y menait paître ses cavales. 
De nos jours les oies y broutent l’algue salade, 


Dieu pourri dans son coin, ancres et pieux rouilleux. 


Sittelles, grimpereaux et pics, sont goélands, 
Barges et cormorans, aux chênaies et hêtraies. 
Ils sont, sûrs à peu près, signifiants que j'extraie 
D'un séjour que j'ai fait où retrouver l’élan 


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Perdu l’avant-veille. Que je sache, Océan 

N’y est pour rien, bien sûr, mais l'obscure folie 
Qui s’en vient, qui s'en va, me laisse et me relie. 
Et moi qui rêve d’une épaule de géant 


Où percher définitivement ! Sacrédié ! 

Folie que de courir à la Grèce, à la Chine, 
Discours lus et relus sur lesquels je m’échine 
Quand le sage voudrait mes livres incendiés ! 


Vus Pici et le là ; l’un, le deux, puis le trois. 

Noir sur blanc les premiers, l'entre-deux s’illumine : 
Coup de grisou au puits, boyaux rouchӈ la mine ; 
Trouée subite au ciel ; sillon d’éclair étroit ; 


Silence ici. Quel est le tiers du séparé ? 
De l’homme séparé ? Son âme est divisée. 
Je la vis telle sans l'avoir jamais visée, 


Désirés l'arbre et l’eau, mais snob, à virer paré. 


Que me vaut cet aveu ? Que je suis de mon temps, 
Qui pourrait le nier ? Mes cachettes sont pleines 
De poncifs larmoyants, c'est à s'ouvrir les veines ! 


Ces ténèbres gagnées, j'en aurais mon content ! 


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Le vide n’est pas dit. Quel est-il ? 

Ce que sait le discours de la science 
À la lettre aiguisée de patience : 
Qu'il est une puissance en puissance. 


Le déchirant nous dit : « Oubliez — 

De ce qu’il séparait —, les limites ! » 
Oublié, le terme — je limite — 

Du trou fait sans qu’il y faille un mythe 


Et dit, ce jour, sans début ni fin, 
La nuit terriblement se déchire. 
La vie le suit de près, de s’écrire. 
Le corps appairé passe au délire. 


Les dés sont jetés de nulle part. 
Quelques mots suffisent, parfois même 
Tus. Vient la détente, ou l’amertume, 
C'est selon puisque, parfois, ils s'aiment. 


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8 
IS 


Comme Poséidon, bien aimé de ses sœurs, 
Filles et maîtresses, calquées ses joies et rages 
Aux flots sans cesse émus, tempêtes et orages, 


D'un même flux mouvant se figure assesseur 


L'un qui voudrait parler quand son autre se tait. 
q P q 
L'un dans l’autre se précédant à tour de rôle, 
La phrase e$t bienvenue, si revenue pas drôle. 
P 
Elle les tient. Sans elle, manquerait l’étai. 


La phrase à l’heureux tour, au retour de la phrase, 
Étonne, effraie parfois. Raturée par l'effroi, 

Ce détour l’a froissée. Le poète au sang-froid 

Peu froussard, reprend trait sur trait, jusqu’à l'emphase. 


Se prend-il pour un dieu ? Cela ne dure pas, 

Au moins. Certains d’entre eux se sont voulus prophètes. 
Ténèbres refoulées, on irait à la fête. 

Cronos... — y songeaient-ils à l’heure du repas ? 


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Quand la fille au rendez-vous — c’est le coup du lapin — 
N°y est pas, que fait-il ? « Je serais en avance », 

Se dit-il, amoureux de la étriéte observance. 

S’il la désire, de colère, il la repeint. 


Elle survient. L’orage s’évapore au loin. 
Ces clartés de l'amour sont pourtant très obscures. 
Ce doit être un flambeau qu’ils portent, dioscures, 


S’avançant vers leur perte, ignorée plus ou moins. 


De ces ténèbres-là l'office est transparent. 
Leur flamme s’en trouve plus que jamais brûlante 
Et quelle valse enfin ! La plus que lente ! 


Celles que je décris n’en sont pas les parents. 


Fondues par l'ordre ambiant, elles vous engloutissent. 
La torche que jy mets, à l'amour, fait justice. 


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au bord du trottoir 
un pigeon 
aplati 


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Le plus clair des sonnets se fait eau souterraine. 
De détours insensés, grottes et cavités, 

Le voilà qui surgit à flots précipités, 

Plus neuf, mais plus taiseux, plus à lire, à la traîne 


Des accords ordonnés d’un progrès délirant, 
Convenu et mortel. Il rêve de noyade 

Et rejoint l'océan où sa langue le brade : 

Mille éclats et pleins feux quoi qu’en ait le tyran. 


Aveugle, l’éclaireur ne sait pas qu?”il l'éclaire. 
Il dit sans crainte, car il ne sait ce qu’il dit. 
Le dit le dieu du jour. Ça démarre au lundi. 


Son mercredi est faux. Il le prend pour un meurtre 
À commettre ou commis, un souvenir aigu ? 
Lego percé à jour offre le contigu. 


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Au répons graduel, un vers, lu, d'Aragon 
L’aîné aimé, surpris à livrer sa méthode : 
« Je fais la roue sur mes remparts. » Eft-ce commode ! 


Aussi fatal soit-il, ce cirque m'est second. 


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Ainsi s'en fut ma seconde nuit ; dix-sept cygnes au matin pâtu- 
raient la Moëze ; les goélands gueulaient selon leur bon plaisir ; 
les martinets avaient disparu l’avant-veille et dans la presse le 
pays était falsifié de fond en comble au point que Machin, dit 
Choufe, un ami point concerné par mes divagations téné- 
breuses, confondit Jurançon et Millevaches à propos d’un ru 
traversant un bois légèrement pentu de haut en bas d’une page 
de ladite presse [MAG SUD-OUEST spécial été 29 juillet 2023]. 


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L’aube pointe l'automne à venir. 
Semées ses larmes à retenir, 
un promeneur s’attarde à bénir 


la longue nuit qui lui fut rendue. 


— Va !'tu n'as plus rien à redouter. 
J'ai dit ce dont tu ne peux douter. 
Quelle voix pour te dérouter, 
sinon celle qui m'était rendue ? 


— Mymuoodvn, ta source et dans l'ombre. 
Les rêveurs n’y rêvent pas en nombre. 
Je n'ai vu là autour que décombres, 


ruines auxquelles je n’entends rien. 
— C’est là ma leçon. Va donc, te dis-je. 
Oublie-toi, oublie-moi, et rédige. 


Un autre parmi les dieux l'exige. 
Lequel ? Écris que je n’en sais rien. 


Ainsi s’en fut ma seconde nuit... 


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